Les Mexicains toujours cloîtrés même si le virus semble moins mortel

MEXICO - Des millions de Mexicains restent cloîtrés chez eux, après avoir boudé un triste 1er Mai par crainte de la grippe porcine, même si le gouvernement a estimé que le virus était moins virulent que redouté, n'ayant causé la mort que de 15 des 343 patients contaminés.

Le ministre mexicain de la Santé, José Angel Cordova, a souligné vendredi que le virus A H1N1, qui menace le monde d'une pandémie selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), n'était "heureusement pas si agressif".

"Son taux de mortalité est inférieur à 70%", a dit M. Cordova, jugeant la maladie "moins mortelle" que la grippe aviaire ou le Sras, apparu fin 2002 en Chine et qui a fait plus de 800 morts dans le monde, essentiellement en Asie.

Dans le cas de la grippe porcine, les malades s'en sortent "s'ils sont traités dès le premier jour", selon le ministre.

Le décompte des victimes, fixé à 12 la veille, a augmenté au fil des analyses réalisées sur la centaine de décès suspects, détectés au cours de la semaine écoulée.

Nombre d'habitants ont suivi l'appel de leur président Felipe Calderon qui a exhorté la population à "rester en famille à la maison" pendant ce pont de cinq jours fériés.

"Bien sûr que je vais rester chez moi, je suis juste sortie faire quelques courses", a confié à l'AFP Josefina Montiel, une habitante de 62 ans.

Certains ont toutefois choisi de prendre un bol d'air à Acapulco, sous le regard hostile de la population. Un autocar en provenance de la capitale a été accueilli à coups de pierre, selon la presse locale.

"Ils ne devraient pas venir, ils apportent le virus avec eux", peste Edgar Rubio Hernandez, un professeur habitant cette chic station du Pacifique.

Les mesures draconiennes prises pour éviter la contagion sont maintenues, notamment à Mexico, où tous les lieux de restauration et de loisirs restent fermés jusqu'à mercredi.

Les fanatiques de football, sport roi du pays, ne trouveront pas consolation dans les stades, où les rencontres se jouent à huis clos ce week-end.

Le Zocalo, la place centrale de cette mégalopole de 20 millions d'habitants aux allures de ville fantôme, a été privé du traditionnel cortège de la fête du Travail, suspendue vendredi par les syndicats.

De brefs incidents ont éclaté entre les forces de l'ordre et environ 200 manifestants de gauche venus défiler devant le palais présidentiel, deux jours avant l'ouverture officielle de la campagne des législatives du 5 juillet.

"Calderon profite de la grippe porcine pour semer la terreur", affirme à l'AFP Delfina Rivera, 45 ans, reprochant au président conservateur d'empêcher les gens de manifester.

Les consignes de restriction ont aussi provoqué un "léger incident" dans une prison de la capitale, où les détenus ont tenté d'allumer un incendie pour dénoncer la suspension des visites.

Le gouvernement doit décider en début de semaine s'il maintiendra ou non les mesures de fermeture, qui touchent aussi les écoles et les grands sites touristiques comme les ruines précolombiennes.

Selon le ministère du Tourisme, la fréquentation va baisser de moitié, en particulier pour les plages paradisiaques de la péninsule atlantique du Yutacan avec 70% d'annulations. Les hôtels de luxe de Los Cabos, destination prisée des golfeurs non loin des Etats-Unis, affichent un taux d'occupation de 28%.

"Les dix prochains jours seront critiques", a prédit Marcelo Ebrard, le maire de Mexico, où une centaine d'unités médicales mobiles ont été installées, provoquant une ruée d'habitants inquiets.

"Faut-il que je sois mourante pour que l'on m'examine ?", s'impatiente Patricia Salazar, une femme aux yeux rougis et à la gorge irritée, venue profiter de ce service.

(©AFP / 02 mai 2009 02h02)